Road to ruin, PBP 2019



  • @wapdawap a dit dans Road to ruin, PBP 2019 :

    @spraynasal les courbatures sont parties en allant au taf ce matin pour moi ;)

    j'ai pas taffé hier, mais c'est pas encore parti pour moi, j'ai comme des bleus un peu partout sur les cuisses, je masse et je bois beaucoup d'eau pour faire passer !



  • J'ai eu presque une demie journée de récupération en plus. Ça joue pas mal.
    Très cool ton aventure. Parcontre je n'aurais jamais pu re rouler avec papy je gère pas mon effort.



  • Lol j'avoue, tu t'es tapé le papy qui roule à fond dans les descente... Lourd quoi ! Là ça recommence à ressembler à du spray ! de la bonne poisse, de la pluie et des jeux de mots vaseux somme le fond de tes chaussures dans un orage en plein nuit !



  • Bien joué!



  • Hoho, super aventure ! Bravo ! Ca va la récupération ?



  • @kisspascool moyennement, à mon âge on récupère moins vite :) J'ai encore des courbatures bien comme il faut et j'arrive pas à relancer derrière les VAE sur mon trajet du taff :|



  • Chouette récit @spraynasal, bravo !

    Juste pour triquiter et faire mon relou ça manque un peu de photo je trouve.

    Notamment :

    la route touristique qui va jusqu'au Roc'h Ruz est magnifique

    et

    la vue est magnifique sur les monts d'Arrée et comble du comble il y a un superbe soleil.

    Mais aussi :

    on roupille 10mn sur un banc miteux. Une paire de mecs bourrés passant par la nous réveillent

    ou

    La route du meuble qui nous amènera à Rennes c'est de la grosse merde en boîte

    ^^

    Sinon j'ai mis un moment à la choper celle-là :

    Je tente un brin d'humour à Poullaouen mais ici l'été, ils ne doivent boire que du cidre avec les grillades, dommage je trouvais que c'était bien trouvé.

    Mais j'ai fini par l'avoir ! :)
    #VinMarocain



  • @MK90 Malheureusement pas trop le temps de prendre des photos, puis avec la cradovision le paysages perdent de leur charme tmtc :D
    Merci d'avoir compris la blague, ça me fait chaud au coeur :)



  • bien joué mec !
    32 h



  • Bravo ! Et super récit, comme d'hab, on se régale de tes aventures !



  • Hey, grâce à @ceramique et @GrecKo parmi d'autres le SingleBe roule. Je l'ai testé sur 30km, histoire d'être sûr que ça va passer pour la Ronde, et histoire de pas trop roder les freins, faudrait pas que ça se passe bien quand même :D

    Ce soir il va passer en mode cyclo papy avec le phare et le porte bagage sur TDS. J'ai acheté un PB de lusque, mais les aléas de relais colis et autres pure players de la logistique ont rendu le délai de livraison incompatible avec la date du départ.

    text alternatif

    J'attends vos premiers commentaires sur la selle. Merci ;)



  • Ça manque de rose fluo ;)
    Tu porteras un BIM casquette du NP pour compenser j'espère.

    T'es quand même un grand malade de le tester sur un 1000... Au moins JC Chabirand sera la pour de la mécanique si besoin.



  • Ah oui, il est cool ;)
    Faudrait que je passe le voir :)



  • tester sur un 1000 bornes, c'est hasardeux,
    ne serait ce que pour la position O_o
    pour la selle, je trouve que la partie blanche s'accorde bien avec la guidoline



  • text alternatif



  • Départ lundi pour toi?



  • @spraynasal ouah ça va faire bizarre de te voir sur un nouveau vélo !



  • Donc, on voie que tu aimes le jaune hein @spraynasal



  • Colombie fever!



  • @RuralCyclo : Yes départ 5h lundi !
    @cov : Tu verras que ça change rien, j'ai toujours cette dégaine de golmon en pédalant :p
    @SebL : Au début c'était vraiment par hasard et à la fin ça devient une obsession, le jaune ça va plus vite ! :)
    @bikibike : Oui mais perfide Albion !



  • text alternatif

    text alternatif



  • @spraynasal L'important c'est que ça soit efficace !!!!



  • le facteur est déjà passé ?



  • @ceramique non c'est un emprunt, le tubus + lumière arrière c'est pas arrivé donc solution de repli :|



  • @spraynasal C'est parce que tu as perdu te bidons pardi ;)



  • @spraynasal T'as fait un truc en particulier pour qu'il soit horizontal le Vaude ? J'ai le même et avec l'angle de la tds il touche presque la roue arrière :/



  • @flap non, c'est peut être l'angle du seat tube qui fait ça ? À moins que ton support klickfix soit monté à l'envers je vois pas comment ça peut faire ça !



  • @spraynasal oui c'est l'angle du seat tube qui est bien bourrin. J'avais essayé de foutre des cales pour contrebalancer et c'était une idée de merde, j'avais juste peur que t'aies fait pareil :D



  • @spraynasal a dit dans Road to ruin, PBP 2019 :

    text alternatif

    text alternatif

    C’est un appeau à @Monsieur-K cette photo non ? Ton qr à droite t’as pas un peu peur de lui ?



  • ^ sur frein à disques, narmol comme dirait l'autre.

    Et personne n'a peur de MrK.



  • text alternatif

    (après je peux faire une liste de ce qui ne va pas, mais cela serait aller à l'encontre de notre ami breton et nier son expérience cycliste, alors...)



  • Je vois pas de dynamo... Tout est sur batteries?



  • @loule la roue avant a un moyeu SP :)
    @Monsieur-K vas-y lâche toi, toute triquite est bonne à prendre :) Moi même je trouve que les gaines sont trop longues, que la guido est déguelassement posée, que la selle ça va vraiment pas, que j'ai pas eu la sacoche de cadre que j'attendais, sans parler du flash sur la bande réfléchissante, etc :D



  • Bravo et bon courage pour lundi.
    Petite question naze : t'as quoi comme matos pour Strava ?



  • Et BIM!

    text alternatif



  • J'ai jamais autant attendu un de tes reports @spraynasal



  • @wapdawap ça va venir, mais là je pars pour une petite semaine de congés hors de tout (je prends même pas mon vélo c'est dire) !



  • @spraynasal plein le cul du vélo ? ;)



  • @wapdawap au sens propre oui :)



  • TL;DR : https://www.strava.com/activities/1699136379

    Je tiens à signaler que cette chronique c'est la chronique d'un échec, l'échec d'une préparation, l'échec d'une organisation. C'était mon objectif "sportif" de l'année, je suis forcément déçu de mon chrono 🤐, je trouve que ce n'est pas à la hauteur de mon engagement vélocipédique. Certains me diront c'est pas cool pour ceux qui ont fait moins bien que moi, il y a eu 66 abandons, je dirais ok, mais c'est pas en se comparant au pire qu'on améliore ses conditions de vie 🙃 D'autres diront c'est parce que tu roules pas assez, c'est pas impossible, mais je ne peux pas faire plus sans sacrifier d'autres pans de ma vie bien plus importants que le vélo. On fait au mieux avec les moyens qu'on a !

    Mais cette chronique c'est aussi la chronique du succès dans l'échec 💪. Pendant tout le brevet, j'ai essayé de me trouver des excuses, la chaleur, les 800 bornes en voiture la veille du départ, les bières, le nouveau vélo, la cassette 11-25, l'alimentation, je n'aurai pas trouvé d'explication, mais ce n'est pas tant ça l'important que de se ressaisir et aller au bout !

    La veille
    La veille du départ je dois dispatcher mes enfants à des endroits aussi distants les uns que les autres, je remonte d'abord sur la côté de l'Ille-et-Vilaine avant de faire demi tour en direction du pays de Chambord. J'arrive tout de même vers 16h+ à Saint-Médard-en-Jalles pour le contrôle de ma machine et mauvaise surprise, le dépôt de mon bagage à retrouver à 2/3 du parcours. Ça m'embête un peu car il y a des choses que je comptais utiliser la nuit d'avant, tant pis je fourre tant bien que mal ce que à quoi je pense dans le sac et je le laisse au point de départ.

    text alternatif

    Sur les coups de 18h je suis dans le loft musée vélocipédique de @GrosNaze, où je passe une agréable soirée, je visite un peu le centre de Bordeaux, je vois un gros incendie et je suis au lit à 22h. J'essaie de dormir, mais je n'y arrive pas tellement, je somnole, je ressens ces petites douleurs articulaires qui ne se réveillent que la veille d'un brevet. Après un bref sommeil, je suis debout à 3h, je prends une petite douche, je plie mes affaires et je sors à pas feutrés (comme on dit dans les grands romans de l'histoire de l'humanité) en évitant de laisser le chat se faire la malle :)

    Premier jour

    Je remets le vélo dans la voiture, je suis un peu en avance, tant mieux, car je réussis à rater une sortie et je me retrouve à faire un tour du pont d'Aquitaine gratos et je n'arrive au point de départ qu'à 4h30 !! J'ai vaguement le temps de vérifier que tout est dans la sacoche, je me rends compte que j'ai oublié les bananes de mi-parcours, je prends celles que je peux, les autres tant pis, je les mangerai au retour. Je me rends compte aussi que j'ai oublié la petite glacière dans la voiture et que les sandwichs du premier jour ont fermenté, tant pis. J'avais pourtant employé la méthode d'alimentation @wapdawap, ce qui me garantissait une totale autonomie sur 450 bornes, et aussi le reste du parcours, à l'exception des sandwichs salés qui n'auraient pas tenu sur la durée du brevet.

    Je n'ai pas pu prendre le traditionnel café brioche, une fois les bidons remplis, je croise @RuralCyclo, puis je fais la queue pour attendre le départ. Ma carte dit 5h10, c'est parti. Je m'accroche à un groupe de quasi locaux (venant de l'oxymorique ville de Carbon-Blanc) pour négocier la sortie de la ville, on gravit aisément (!) le pont d'Aquitaine, certains se plaignent du rythme, je lâche le groupe qui attend un de leurs copains qui a moins bien grimpé le pont et je me retrouve avec Christian du 64, on roule à un rythme assez soutenu, et pour l'instant c'est plat, on prend des relais assez gros, on croise la pancarte "Courage plus que 1150km" petite farce des orgas. Vers le kilomètre 100 on s'arrête car Christian à faim. À Saint-Front-de-Pradoux, il y a un café, tabac, bureau de presse, relais colis où l'on s'arrête pour prendre un Perrier, 10mn plus tard toujours pas de Perrier, on fait un rage quit des familles et on repart.

    Enfin, façon de parler, puisque ça repart pas. Mes jambes refusent de suivre, je n'arrive pas à mouliner, on vient d'entrer dans la Dordogne et les premiers faux plats sont un enfer pour mes cuisses. Ça doit être le manque de café brioche. Ça brûle, je fais signe à Christian de continuer sans moi, il va me falloir un peu de temps pour reprendre mes esprits. Je n'arrive pas à trouver un braquet qui me convient, ou bien je force trop ou bien je mouline et ça veut pas, de plus je ne peux pas utiliser mes 3 premiers pignons avec mon petit plateau car ça fait sauter la chaîne à cause des ergots qui aident à la monter sur le grand plateau. Je reste à distance raisonnable de Christian et on s'arrête vers midi pour manger un coup à Chancelade. La chaleur commence à bien nous taper dessus, on remercie même le léger vent de face de nous rafraîchir, là vraiment je vois plus Christian, ça commence à monter un peu lorsqu'on contourne Périgueux par le nord, je reviens sur Christian dans les montées mais il me met la misère direct sur le plat ou les faux plats. Je regarde mon compteur c'est marqué 38°, j'arrive au contrôle de Vaunac avec les cuisses en feu, je mets presque pied à terre dans le petit raidillon qui mène à la salle communale. Christian me mets 30mn sur les 10 derniers km avant le contrôle.

    Le ravito est chiche mais je m'en contente, de toute façon je suis autonome en bouffe. Je regarde mon état et les kilomètres qui me séparent de mon objectif de la journée : Nérac. C'est mort, à cette allure je n'y arriverai pas avant 5h du matin. J'avais envisagé mon brevet en 3 étapes d'environ 400 bornes avec pause dodo à chaque point. Là ça va être mort, je suis à deux doigts d'abandonner, je m'octroie 30mn de sieste avant de le faire.

    Je reçois des encouragements de ma femme par sms, ça m'aide à repartir. Les jambes sont pas là mais je me mets dans la tête une chanson des Sheriff qui ne me quittera plus du voyage.

    J'irai jusqu'au bout

    Je me traîne tant bien que mal jusqu'à Chartrier-Ferrière, je croise plusieurs fois le président du CSP qui, je pense, a beaucoup de mal avec la navigation du GPS, il me dépasse sans cesse et je le retrouve souvent à contre sens du parcours. Je dois m'étaler plusieurs fois sur le bord de la route pour des siestes de 10mn montre en main. Elles sont parfois perturbées par des honnêtes citoyens inquiets de ma santé, je leur pardonne mais ça perturbe mon repos. Il fait encore super chaud. Je prends entrée plat dessert avant de repartir. Je suis sur un rythme assez merdique qui m'empêche d'accrocher un groupe, dans les montées dès que ça dépasse les 4% de pente je suis bien dans mon effort, en dessous je roule à 15 km/h, c'est-à-dire moins vite que dans les montées... Du coup je joue au yoyo avec certains que je retrouve dans les bosses et qui repartent sur le plat très vite (c'est-à-dire à plus de 20km/h).

    J'arrive aux Zizis de ta yac aux alentours de 20h, je prends un coca dans le premier resto venu, j'enlève mes chaussures je fixe le vide pendant 5mn, ensuite je mange avant de repartir. Un certain nombre de brevetistes sont attablés, je m'attarde le moins possible, et je repars dans l'espoir de rejoindre le prochain contrôle avant la tombée de la nuit.

    text alternatif

    Eh bien c'est raté, au détour d'un faux plat je me fais dépasser par les convives du précédent contrôle. Un peu après Siorac-en-Périgord, un regroupement stratégique s'opère, je reviens sur un participant espagnol avec qui j'ai discuté la veille, il roule très doucement mais s'arrête peu, et Gérard le nantais avec ses longs cheveux, son sac à dos de pèlerin jacquiste et son garde-boue en bouteille de Cristalline aplatie. Je les attends en haut des bosses, on se tient compagnie, à l'allure où on roule c'est pas l'aspi qui va nous sauver. Je roule tout seul depuis 200km, ça fait du bien aussi.

    On perd notre ami espagnol dans la montée de Belvès, on l'attend un peu le temps de se mettre en mode nuit, puis on file voyant qu'il n'arrive pas. En fait, on s'est planté dans le parcours, on prend plus long, plus pentu et on le retrouve plus loin à l'approche de Monpazier. On arrive ensemble au contrôle, il est pas loin de minuit. Il n'y plus que deux personnes derrière nous. Le temps de se faire tamponner, manger, se délasser, il est presque une heure du matin. Je prends le temps de tomber en déplaçant mon vélo avec moi dessus, pas déchaussé à temps...

    La place des Cornières est vraiment très belle, mais pas un modèle de confort. Le mec du CSP s'est gonflé un matelas et il a l'air de bien dormir. Avec mes deux compagnons d'infortune on essaie de se mettre sur les dalles inégales qui nous servent de couchette , le sol est froid et s'effrite, on s'étale avec des couvertures de survie. Je leur dis que je vais dormir 4h, je mets le réveil sur mon téléphone et je tente de dormir. Les couvertures font un bruit d'enfer, des gens rentrent de soirée et y en a un qui ronfle. Le vent froid s'engouffre autant sous les couvertures que sous les arches de la place. Ça contraste avec les températures de la mi-journée. En ce moment de repos, je ne pense pas tant à la suite qu'à l'excuse que je pourrai trouver pour abandonner le plus vite possible.



  • epique cette première partie :)



  • @spraynasal a dit dans Road to ruin, PBP 2019 :

    ... en évitant de laisser le chat se faire la malle ...

    Ahahah ! J'avais pas penser à te dire de faire gaffe et j'étais content de voir qu'elle s'était pas fait la belle en me levant :D
    Et le mec qui replie le canapé-lit à 4h du mat ! T'es un ouf ! Je l'aurais fait le matin en me levant.
    En tout cas, j'étais bien content de t’accueillir avant cette épopée vélocipédique. Si je roulais vraiment, je t'aurais bien accompagné !



  • Top le récit!
    J’imagine que tu n’as pas pris le temps de prendre des photos!



  • J'attendais ce compte rendu avec impatience, c'est un voyage un brevet de ce type j'imagine, j'adore !



  • @Jopistol si si, y a de la cradovision en barres à viendre :D



  • text alternatif

    Bien joué Spray !
    La suite, la suite !



  • Deuxième jour

    Je me réveille avant le réveil, je préviens les copains que je pars, ils ne se lèvent pas. Je range mon oreiller. Je n'en ai pas parlé mais j'ai pris un pneu en rab au cas où, il ne m'a pas servi, mais enroulé atour de mon chasuble hi-viz, il est devenu le compagnon fidèle de mes siestes.

    Je prends un petit déjeuner à base de tous les invendus du ravito. Un oeuf dur qui a dû prendre le soleil pendant la journée précédente, un café sans brioche et je pars. Il est plus de 4h du matin. J'enfile un petit kway aux allures de sac poubelle pour me protéger du froid de l'aube. Dans la longue descente qui part de Monpazier je croise deux cyclos partis avant moi, je m'arrête pour savoir si ça va, il y en a un des deux dont la roue libre a lâché. Très bonne idée pour un abandon que je n'aurai pas assumer, je la note dans un coin de ma tête.

    J'ai eu froid dans la descente, heureusement il y a une bonne côte qui m'attend ensuite, ça donne un coup de chaud, le sac poubelle me sert maintenant de cabine de hammam improvisée. Je dois m'arrêter à la fin d'une nouvelle descente pour l'enlever. Je reprends une côte de 4km, même rythme qu'hier : bien dans les côtes, archinul dans le plat. Attention, c'est en termes de ressenti à l'effort pas en termes de performance pure. J'ai fait une croix sur le plan initial, trop de temps à rattraper et pas de jambes pour revenir. Je m'étais fixé comme objectif 75h en me basant sur mon rythme du 600 de Chantepie plus du temps supplémentaire au cas où (lol).

    Mes ambitions ont changé entre temps et mon nouvel objectif c'est de ne pas abandonner avant le Soulor, je me dis quand même que je suis venu là pour voir la montagne, petite, quasi-haute et moyenne. Rien à voir avec la platitude ligérienne.

    Je continue ma traversé du Gers en solitaire, je m'arrête par ci par là pour siester, je reviens sur des vélos couchés avec un fort accent Alsacien, de temps en temps d'autres participants, j'en vois un qui est à pied à certains moments, le pauvre doit faire bien plus de 100kg, je le plains. Quand j'arrive à Nérac c'est l'heure du petit déj, il fait déjà 30°, je m'enfile deux omelettes, des barres qui traînent, une bouteille d'eau pétillante, je fais un tour aux toilettes turques pour remettre de la crème à fesses et me voilà reparti.

    La sortie de Nérac se fait par un putain de raidard que je peine à passer. Après chaque arrêt il y a un temps de remise en route, après ça va. Quelque part dans le Gers je me fais courser par un chien, disons plutôt qu'il m'accompagne dans une longue montée, j'ai peur qu'il n'arrive pas à retrouver le chemin vers chez lui, enfin je vais quand même pas m'arrêter, dans la descente je le lâche. De la route m'attend ce n'est pas le moment d'avoir une crise de 30millionsdamite.

    Je traverse plein de champs de tournesol c'est plaisant à regarder, en dehors de ça le paysage n'a pas beaucoup d'intérêt et les champs de maïs c'est lassant à force. Je ne garde que peu de souvenirs de cette étape à part la chaleur écrasante, qui me fait crier à un moment au secours !

    text alternatif

    Drôle nom que Sos, je passe également à Gabarret et ça me rappelle une chanson avec des filles de Gabarret mais je dois faire fausse route. Je profite des machines agricoles d'arrosage pour me rafraîchir, un peu de round up en échange d'un rafraîchissement temporaire me semble acceptable par cette horrible chaleur.

    J'arrive à Le Hougaga à l'heure espagnole de l'apéro, je croise Christian du 64, avec Jean-Louis du 64 un ami à lui, déjà sur le départ, ils me recommandent de prendre le Tourin chaud, ça requinque, je prends le menu complet, beaucoup d'eau, j'enlève mes chaussures, je m'accorde une bonne demi heure de pause, pour poser ma tête sur la chaise, redistribuer mes provisions et remettre de la crème de cuissard. Mon camarade espagnol arrive, mange et réussit à partir avant moi. D'autres participants arrivent, je n'ai pas le souvenir de les avoir dépassés, certains abandonnent sur place, la chaleur est vraiment rude. Je repars vers 15h au moment le plus chaud de la journée.

    Après Le Houga, je joue aux montagnes russes autour de l'Adour, je croise quelques cyclistes sur des sorties moins longues, ils montent vraiment mieux que moi ! J'essaie d'accrocher une roue mais ça tient pas longtemps. Jusqu'ici, je montais autant que je descendais, à l'approche du Béarn ça commence clairement à descendre moins après chaque montée. Après Lannux ça se stabilise et j'ai l'impression d'être sur un plateau clairement fait pour envoyer du steak mais je plafonne toujours à 20km/h. Je me fais une petite sieste en plein milieu de nulle part, puis une autre dans un abris bus. Je vois des participants me dépasser j'essaie d'accrocher les roues mais ces fous roulement au moins à 25 de moyenne, je lâche un peu pour continuer sur mon rythme. Il fait vraiment trop chaud.

    La toponymie des lieux change également, on voit les double r apparaître, beaucoup de noms en -acq, malins les mecs ils rajoutent un q pour que ça fasse pas pareil qu'en Bretagne. Je trouve une enclave en plein milieu de Béarn 😁

    text alternatif

    Mon disque avant fait un bruit insupportable. Je m'arrête plusieurs fois pour remettre la roue, à la moindre aspérité de la route ça se remet en place et le bruit recommence. Je mets de l'eau parce que les disque chauffe, ça s'arrête puis ça recommence, il doit y avoir une histoire de dilatation des corps à cause de la chaleur. Je resserre l'attache rapide comme un gros taré, je suis très sensible aux petits bruits énervants, alors ça me soulage !

    text alternatif

    J'entre dans la vallée de l'Ousse, quelques montées à gravir avant une longue descente pour arriver à Soumoulou. Il est 18h. Je prends une garbure, un litre d'eau pétillante, une salade de thon tombée de la sacoche. Je paie avec toute ma ferraille. Ça paraît con, mais je m'allège avant le col à venir. Selon mes calculs j'en aurais terminé vers 22h, je vais pouvoir dormir un peu et rouler la nuit pour rattraper mon retard.

    Je discute avec mon ami espagnol, il me dit qu'il ne fera pas l'ascension du port. Il n'a plus rien à prouver et préfère finir tranquillement sa ronde. Je rediscute avec le vélo couché, son ami a abandonné au Houga faute de braquets adaptés. Je traîne moins que d'habitude, mais l'espagnol réussit toujours l'exploit d'arriver après moi et de repartir avant !

    Je suis vraiment excité à l'idée d'aller voir les montagnes, je commence à apercevoir les Pyrénées au loin, j'essaie de prendre des photos.

    text alternatif

    Bien entendu mes calculs comme d'hab sont faux. Déjà j'arrive vers 20h à Asson, je laisse autant de poids que possible au lieu du contrôle et repars vers 20h30 à l'assaut du Soulor. Je croise @RuralCyclo que je n'avais pas vu depuis le départ, il finit sa descente alors que je commence seulement, 28km me séparent du sommet. J'ai quand même espoir d'arriver avant la nuit.

    Je dépasse un premier cyclo qui saute d'entrée de jeu avant Arthez d'Asson alors que ce n'est que l'accès à la montée, mais j'avoue ça casse le pattes. La première partie de l'ascension est pas vraiment dure, c'est un faux plat ou j'arrive à bien avancer, c'est frais avec le vent qui descend de la montagne, ça fait du bien. Pause technique, j'aurais dû faire pipi à Asson. Je croise beaucoup de gens dans la descente, et notamment un quatour du RCA, d'autres participants qui se trouvaient derrière moi descendent déjà, je ne comprends vraiment pas comment ça marche.

    J'arrive à Ferrières, après une mini descente gros virage et boum, les 9km de la partie dure démarrent très sèchement. Le premier kilomètre fait très mal, gros coup de chaud, les panneaux du bord sont encourageants, je suis en 34x21, c'est pas hyper souple mais ça me permet d'avancer. Je me projette déjà dans la descente, c'est flippant, ceux qui me connaissent savent que je suis pas un bon descendeur, les plaquettes vont fumer. Je croise un Carbon-Blanc qui descend à balle et relance sur le grand plateau après chaque virage, j'aimerais être capable d'autant d'assurance !

    La pente se calme un peu et je passe Arbéost, puis à la sortie du village je reprends une grosse patate sur 300m. Je suis déjà en 34x23, j'essaie de tenir le plus longtemps possible pour garder mon pignon pour la fin. La pente se raidit pour atteindre les 8,5% réguliers annoncés, c'est de plus en plus dur, j'essaie de calculer combien de temps je mets entre chaque panneau annonçant le restant des kilomètres avant le sommet. Peine perdue, je suis pas assez régulier, faut que je prenne mon mal en patience.

    Je passe en 34x25 mon dernier pignon. Je relance régulièrement en danseuse je mange un peu mais ça me ralentit, j'essaie de prendre mon bidon mais je n'y arrive pas, je risque de basculer en dessous de la vitesse où t'es obligé de poser pied à terre. 34x25 c'est super quand t'es en camping à Asson et que t'es là pour te faire un col par jour. Avec 600 bornes dans les pattes c'est pas la même, un pignon de 28 n'aurait pas été de trop...

    D'après les témoignages la splendeur du paysage fait oublier la rudesse de l'effort. Dommage, je ne vois plus grand chose à 4km du sommet. Je ne roule pas assez vite pour que ma lampe avant éclaire à son maximum, on n'y pense pas quand on s'électrifie par dynamo.

    text alternatif

    Je dépose mon ami le vélo couché du Haut-Rhin qui marche à côté de son vélo. Je traverse un troupeau de vaches, j'ai peur que ma lumière arrière rouge ne les attire, je traverse un 2e troupeau de vaches, heureusement elles font de la place quand je passe. Les chèvres dans le virage d'après ne se poussent pas, je slalome, je croise la première voiture depuis le début de l'ascension, elle me demande si ça va, je dis ouais nickel pas de souci. La route s'élargit, j'ai l'impression que la pente devient moins dure, je dépose un participant à 200 mètres du sommet, et j'arrive au sommet en même temps qu'un couple de randonneurs allemands.

    On s'entraide pour prendre les photos qui vont permettre de valider le contrôle. C'est parfait.

    text alternatif

    Je tente le selfie, mais mon téléphone n'a pas de flash dans ce sens. Mes trois compagnons entament la descente pendant que j'enfile mon sac poubelle et vide ma gourde d'eau. Je slalome les chèvres, je croise le vélo couché qui s'est remis en selle au niveau du premier troupeau de vaches. Ça sent le brûlé, je n'ai pourtant pas abusé des freins, pas encore. Au virage je dépasse le couple d'allemands qui descendent à allure de joggeur, forcément ça chauffe les patins ! J'ai vu un angevin descendre comme ça tout à l'heure, j'espère qu'il est arrivé vivant en bas.

    J'essaie de freiner le moins possible mais je suis quand même crispé. Depuis tout à l'heure y a un truc qui me gêne, je ne vois que la moitié de la route et c'est pas la moitié sur laquelle je descends ! En fait ma lampe s'est desserrée et penche d'un côté. J'essaie de la remettre sans me casser la figure, ça va mieux, du coup je descends plus sereinement (dans la limite des stocks disponibles, nldr), je freine à l'approche des virages et je me laisse prendre de la vitesse entre deux. Les plaquettes prennent cher mais au moins ça ne fait plus de bruit en arrivant à Ferrières. Je croise deux participants partis à peu près en même temps que moi, je ne comprends pas ce qui leur est arrivée, ils en ont encore pour long ! C'est pas bien de se réjouir des difficultés d'autrui mais ça me fait du bien au moral de déposer des gens dans cette montée et de revenir sur des gens qui étaient loin devant moi ce matin.

    Il commence à pleuvoir, d'abord une petite pluie, puis de très grosses gouttes, le troisième larron du sommet s'est arrêté à Arbéost pour enfiler son kway. J'en profite pour mettre le grand plateau, je me laisse rouler, il revient sur moi après Ferrières car il descend bien mieux que moi. Une fois le faux plat descendant entamé je pédale, je pédale, j'arrive à Arthez, je passe les dernières bosses en force, et à minuit passées je suis à Asson pour le 9e contrôle.

    Je suis trempé de la tête aux pieds, les locaux me disent que c'est normal, il y a des averses en montagne comme ça régulièrement. Je prends le menu riz, confit de canard, piperade, fromage de brebis local, pain, coca, dessert, dessert. Je discute un peu, je pré-prépare mes affaires pour le lendemain et je me couche tout mouillé vers 1h+ du matin. Encore une fois, je mets le chrono pour 3h de repos, puis je pense à mon frein qui ne fait plus de bruit avant de sombrer dans le coma.



  • 34x25 après 600 kms, respect monsieur.
    Les origines jouent ;)



  • Raaah dommage je t'aurais bien accompagné depuis Soumoulou, j'aime bien allé du côté de Nay et Cie ...
    +1 pour le récit et la roulade !



  • Pinaise le coup de 30 millions d'amis c'est trop :D le chien s'il est assez con pour te suivre au point de se perdre, il mérite !



  • Excellent t'etais par chez moi! Le 64 c'est bonnard. Fameux récit comme d'habitude, j'ai bien ri.

    Par contre la cassette de criterium t'es un grand malade, va falloir investir dans une 11-32 et pis marre.



  • quelle aventure encore!
    chapeau!



  • Troisième jour

    Après réflexion c'est totalement idiot cette histoire de plaquettes usées qui suppriment le bruit. Le but du système hydraulique c'est d'éviter le décentrage des plaquettes. Je me débrouille pour me lever avant l'heure mais partir après tout le monde. Je me rappelle à la dernière minute de ma lampe qui penche, on m'aide vaguement à la remettre et je prends la route sur les coups de 4h.

    En principe, à partir de là c'est un gros faux plat jusqu'à Saint-Pierre-d'Irube. Je me fixe comme objectif de rouler sur le grand plateau et de ne pas abandonner avant d'avoir retrouvé mon bagage de mi-parcours. Deux participants arrivent à mon niveau, un américain résidant à Carpentras et un néerlandais, je les préviens que je suis sur un rythme qui ne convient à personne. Ils me disent ok, ça rate pas, ils s'envolent dans le premier faux plat montant, puis je les dépose bien comme il faut dans la première montée de la journée à Louvie-Juzon. Je m'arrête à la fin de la descente pour enlever mon kway sac poubelle. Je vois tout le monde passer. À partir de là c'est vraiment un très long faux plat descendant, j'avoine autant que possible, comme je n'arrive plus pédaler vite, je suis obligé de faire ce que je déteste : tirer un gros braquet à petite cadence. Je reviens sur mon collègue espagnol, je me fais déposer par le vélo couché qui est en plein dans son élément. Je recroise le vélo couché qui s'improvise un ravito sur le bord de la route (il reviendra facilement sur moi ensuite).

    Je passe à Ogeu, je retiens parce que c'est l'eau gazeuse que ma femme préfère. Je passe au nord d'Oloron-Sainte-Marie, je laisse derrière moi mon ami espagnol, je laisse aussi devant moi le vélo couché, puis j'arrive sans encombre à Sauveterre-de-Béarn. Je prends encore un gros petit déj, et je remets de la chamois cream avant de repartir à l'assaut du pays basque.

    Cette partie c'est celle que je retiens comme la plus belle du parcours. À partir de Saint-Palais, le parcours est en dents de scie et les panneaux des villes sous-titrés en basque. Je n'ai pas pris de photos mais la beauté des paysages reste gravée dans ma mémoire, ces fermes perchées avec leurs moutons et leurs fenêtres typiques rouges et vertes entourées de murs d'un blanc immaculé. Ces villages avec leurs églises longues, sombres et austères.

    Devinez sur qui je reviens dans la côte de Méharin ? Ce bon vieux Christian ! Il accroché un petit drapeau français depuis a victoire des bleus sur la Belgique. Il a une batterie externe solaire, c'est très bien vu, surtout avec la météo actuelle. Par contre il accélère dès qu'il me voit arriver derrière dans son petit retro, le vilain ! Il me dit que c'est parce qu'il ne me reconnaît pas tout de suite. Il me raconte qu'il a dormi à Oloron d'où il est originaire. On se tient compagnie, on admire les paysages, on s'arrête dans un garage de Hasparren pour que je me fasse resserrer la vis de ma lampe avant qui penche de plus en plus.

    On s'arrête dans un troquet à Cambo-les-Bains pour prendre le Perrier qui nous avait manqué au km 100, puis faut dire ce qui est, il est midi et il fait très très chaud. Christian me raconte à voix haute que c'est un coin à vieux avec plein de touristes à la con. Je m'éclipse deux secondes aux toilettes pour éviter les regards que cette remarque déclenche et surtout remettre de la crème à fesses, avant de repartir. L'arrivée à Espelette ne manque pas de piment (désolé j'ai pas pu m'empêcher), une montée bien raide sur près d'un kilomètre. À partir de là, la route est moins agréable, non pas de par l'absence de beaux paysages, mais de par l'abondance de trafic automobile. Au niveau de Saint-Pée-sur-Nivelle, Christian me dit qu'il lui faut un saucisses frites à Hendaye quoi qu'il arrive. Il n'en a rien à faire, il va le trouver coûte que coûte ! Après Ascain on prend une route moins fréquentée, puis arrivé à Urrugne c'est vraiment la catastrophe, tu prends pour 4km de montée dans une sorte de rocade avec des sections pour dépassement, des camions qui passent à 10cm de toi. J'ai l'impression que les immatriculés 64 sont pas hyper à cheval sur le distances de dépassement.

    En arrivant à Hendaye avec Christian on a un coup de flip, le fléchage vers le contrôle ne correspond pas à la trace qu'on a sur les GPS, j'ai peur de devoir remonter ce que je viens de descendre, cette perspective ne m'enchante pas. Heureusement, il n'en est rien et même au contrôle on me demande si le fléchage était bien.

    Il n'y a plus rien à manger. Mais ils ont appelé un food truck en catastrophe, Christian doit se contenter d'un steak frites à la place de son saucisse frites dont il a tant rêvé. Je prends deux Perriers, un coca et une crêpe. Je ne reste pas manger ici, j'ai hâte de rejoindre Saint-Pierre-d'Irube où m'attend mon bagage ! Le service est néanmoins lent et je repars presque une heure plus tard, le temps file vite sous le cagnard !

    Je prends la route de la corniche pour sortir d'Hendaye, bien que très belle, cette route est extrêmement fréquentée en cette saison et je reviens sur un vélo électrique qui se met à jouer au mariole avec moi dans les montées, il me nargue avec ses deux enfants derrière dans la carriole ! Je le lâche à la première descente tout de même !

    Pour l'instant je tiens mon objectif de rouler le grand plateau, autant que possible, j'arrive même à passer une partie des bosses en 50x25. Après la Corniche la traversée de Saint-Jean-de-Luz est vraiment relou entre les pistes cyclables dont on ne voit pas le début, celles qui se transforment en trottoir de façon inopinée et les voitures. Je reviens sur un groupe de 6 participants, dont 5 du RCA et Daniel, multidiagonaliste d'Ille-et-Vilaine que je croise régulièrement ici et ailleurs (enfin surtout sa voiture suiveuse à chaque contrôle).

    On revient à Saint-Pée par la route relou, mais en descendant c'est mieux, je lâche le groupe durant l'ascension qui nous mènera à Ustaritz, je lève le pied, mais personne ne recolle, alors je continue. Après Ustaritz il y a encore quelques pétards à passer avant d'arriver à Saint-Pierre-d'Irube. Il est presque 18h, j'ai mis plus de temps que prévu. Je ne sais pas par où commencer. Je déballe ma sacoche, j'inspecte mon sac de mi-parcours, je vide la bouteille de Rozanna chaude que j'y trouve. Il y a aussi un duvet, ça me fait une belle jambe. J'ai des affaires de rechange et de la bouffe pour les 450 prochains kilomètres. Le groupe des 6 arrive une bonne 10aine de minutes après moi. Je partage un repas avec eux, il y a notamment JC Chabirand (recordman de PBP) et son fils qui l'attendait.

    Il est incroyable ce JC, il prend le temps tous les 300km de se raser ! Je mange le menu complet, avec la soupe, les grillades, les pâtes, le coca, la tarte aux pommes et le yaourt. Je bois la boisson de récupération que j'avais prévu à mi-parcours. J'ingère énormément de choses mais ça passe sans problème.

    Je laisse partir tout le monde et je vais prendre ma douche. Ça pique au niveau des fesses quand je me savonne. Ça explique le mal de fesses que je ressentais de plus en plus. Ça vient compléter les deux bleus que sont devenues mes jambes. Je ne fais pas spécialement attention, je me dis que c'est normal après 869 km. Je retartine un bon coup de crème, quand je repars il est presque 20h. Je croise Christian et Jean-Louis qui arrivent. J'ai encore pris trop de temps.

    La douche m'a bien remis en place, et file en direction de Mimizan. Je commence à croire que je peux y arriver ! Je traverse Bayonne en longeant l'Adour. S'ensuit encore une partie un peu stressante avec des bretelles d'autoroute, des non pistes cyclables et des sorties tardives de bureau. Après Labenne ça devient plus tranquille, je longe ensuite le lac de Hossegor où je m'arrête pour prendre une photo du coucher du soleil. Plus loin il y avait un meilleur point de vue mais je m'arrête pas deux fois !

    text alternatif

    text alternatif

    Je rejoins ensuite une piste cyclable de 14km tout droit, jusqu'à Léon et le début des interminables ennuis fessiers. Déjà j'ai très mal, ensuite ça devient compliqué de baisser son froc et de se tripoter le derrière alors qu'il y a des campings un peu partout autour. Du coup je relance en danseuse, j'attends que ça s'arrête, je relance, ça s'arrête, je relance, ça s'arrête. Ça dure des plombes, mais je finis par arriver à Léon, comme par hasard il y a un marché nocturne, j'ai pas la force de suivre une déviation quelconque, alors je traverse le marché en marchant en cachant mon éclairage qui éblouit les passants, avec cette démarche toute particulière que confèrent les cales triangulaires de pédales auto.

    Je prends un doliprane et ça va un peu mieux. J'alterne entre danseuse et moments où j'arrive à poser mes fesses sur un kilomètre, puis je relance en danseuse. Il fait nuit noire. La route c'est facile : tout droit, puis en face, c'est tout plat. Je finis par arriver à Mimizan avec les fesses en feu, l'entêtant bruit de mon disque avant et 50km en danseuse. Je fais tamponner ma carte. Je mange comme d'hab, c'est-à-dire beaucoup, je discute un peu, les gens du RCA dorment déjà, mon ami espagnol arrive, je tente de soigner mes fesses puis je vais me coucher vers 1h+ du matin en pensant à la gare la plus proche. Je ne pourrai jamais faire les derniers 250km en danseuse, je mets tout de même le réveil dans 3h.



  • belle épopée sur nos contrées du Pays basque :)
    oui, je vois de quelle route tu parles au niveau d'urrugne ... effectivement avec les camions etc, c'est assez chaud



  • Quatrième jour

    D'habitude je suis réveillé avant l'heure. Ce matin c'est pas le cas, je me remets même 20mn de rab. J'ai du mal à émerger. Mes paupières collent à mes yeux comme des pneus de fatbike dans une ascension bitumée. Je découvre plein de gens arrivées pendant la nuit. Les angevins sont déjà partis ils ne sont plus que 4. J'envie tous ces rapides qui peuvent prendre le temps de dormir !

    Je viens au petit déjeuner. J'arrive à peine à tenir ma tasse. Je tremble de façon incontrôlée. Le café est bizarrement infusé. En fait il est dégueulasse, mais c'est pas grave, j'ai besoin de cette eau chaude.

    La dame court me chercher une couverture qu'elle met autour de mes épaules. Je mets un certain temps à me réchauffer, je finis péniblement mon café et mes tartines. L'espagnol arrive. Je lui parle de mes fesses, il me propose des Ibuprofène, je le remercie de tout mon coeur ! Je vais me préparer pour repartir. Je suis encore plus lent que d'habitude à me préparer, je vais aux toilettes inspecter les dégâts, je tâtonne, c'est bof.

    Je réussis de justesse à décoller avant 5h du matin. L'itinéraire suit une piste cyclable le long de la route des lacs jusqu'à Pontenx, ensuite je prends une route forestière qui gratte le cul mais c'est ma foi plutôt agréable, j'entends le doux chant des cigales. Je suis très vite sur le rythme de sprint tous les dix mètres. Aux alentours d'Ychoux je reviens sur mon camarade espagnol décidément ! On discute du mélodieux chant des cigales, et de ses variations acoustiques en fonction de la végétation. On revient régulièrement sur la route qui fait mal aux fesses, je prends un nid de poule qui m'arrache une larme. Il me parle des brevets qu'il organise à Salamanque, je lui dit que j'ai de la famille par loin. Ensuite on commence à rêver du prochain contrôle : Le Muret. On rêve d'un véritable café, de 22 pains au chocolat, 16 croissants et 2 cocas. Il me dit qu'il commence à comprendre le pattern des villages français, avec église, café, place de la république, avenue de Gaulle et surtout boulangerie ! Oh que ça va être bien. On s'arrête devant le panneau par acquis de conscience, mais on sait pertinemment que la carte de route sera tamponné à la boulangerie !

    text alternatif

    On voit passer Henry un participant néerlandais, il file comme l'éclair sur son vélo titane, il va direct à la boulangerie. On repart après la photo.On lève un peu le pied, histoire de pas rater le lieu de ravitaillement, puis en fait c'est fini. Le Muret c'est juste une espèce d'annexe de la commune de Saugnac-et-Muret dont le centre ville est habilement évité par la route forestières qui gratte le cul et qui casse les oreilles ! On finit par s'arrêter dans un abribus pour manger, faire pipi, grosse défaite, moral en berne. On revoit Henry repasser à toute berzingue dans l'autre sens pour prendre la photo devant le panneau. Gabriel (il s'appelle comme ça) a un pot de nutella et du pain dans les sacoches, je suis obligé de lui taper un peu de bouffe, je commence à être moins autonome sur la bouffe qu'au début. On repart lui assis, moi debout sur les pédales comme depuis le départ ce matin.

    On passe Lugos, puis Salles, où l'on croise Jean-Louis, Christian désormais accompagnés de Nico du RCA. Ils pioncent sur les chaises d'une boulangerie. Je m'arrête pour prendre le petit déj raté du Muret.

    Je cherche désespérément une pharmacie pour trouver n'importe quoi pour mes fesses. Je laisse partir Gabriel devant, puis je le rejoins après quelques kilomètres. On passe d'autres villages, je ne me rappelle plus très bien, la route est plutôt monotone et plus on avance dans le jour, plus le bruit de cigales monte. On finit par arriver à Andernos-les-Bains vers 10h passées. Là, mon collègue espagnol m'annonce que je roule trop vite pour lui et que mieux vaux que nos chemins se séparent, il fait une pause express et repart. Je croise @RuralCyclo qui sort de sa sieste. On discute bobos, il me dit qu'il roule avec deux cuissards et qu'il se tartine de baume du tigre, j'ai mal rien qu'à l'idée de ce que ça ferait sur mes fesses.

    Je prends le buffet à volonté pour 5€, je me repose 7 minutes montre en main, puis je commence à faire les calculs. D'après ceux-ci il faut que je finisse à 17h. Ça va être dur mais c'est potentiellement gérable. Après Andernos je suis une piste cyclable, il y a des stops tous les 50m c'est insupportable, du moins si je roulais comme d'habitude, j'ai une bonne excuse pour me remettre debout sur les pédales, ça me soulage. Ça ralentit, si c'était encore possible, ma progression.

    Je me prends un Ibuprofène, puis j'accroche une roue pendant 5km à 30 à l'heure, ça me remet un peu de rythme, je commençais à m'endormir dans ces lignes droites, avec en prime le bruit abrutissant des cigales. C'est bête à dire, mais je suis plutôt en forme, je pourrai rouler plus vite moyennant une possibilité de mettre mon cul sur la selle.

    text alternatif

    J'arrive à Le Porge où finit la piste cyclable de l'enfer, et où commence une route plutôt agréable, bordée de pins et de sable, avec les cigales je ne m'entends plus penser, il n'y a pas d'ombre, il fait très très chaud. Cette route borde l'étang de Lacanau par l'ouest, je retrouve mon ami espagnol préféré et @RuralCyclo accompagné de deux autres participants. On se prend en photo devant le panneau et devant le casino. Après avoir validé notre carte, on reprend la route, je prends la roue de @RuralCyclo mais l'allure est trop soutenue pour réussir à tenir sans poser les fesses sur la selle. Je m'arrête manger ma dernière salade de thon dans une zone non prévue à cet effet, il n'y a pas d'ombre, je vois Gabriel l'espagnol passer. Je ne trouve pas où pioncer avec tout ce sable et ce cagnard. Je me galère à remettre de la crème sans passer pour un pervers exhibitionniste. J'appelle ma femme pour prendre de ses nouvelles puis je repars.

    Cette partie de la route est bien plus intéressante puisqu'elle comporte des virages. À hauteur de Carcans je retrouve Gabriel qui mange dans une aire de pic nic à l'ombre, le chanceux. Je continue et j'entre dans la route forestière des phares qui longe le lac de Hourtin par l'ouest. C'est une route qui gratte les fesses, qui comporte de petites collines, des virages, et un vent de face qui ne fait que forcir, je suis régulièrement obligé de relancer dans les descentes pour garder une allure raisonnable. Je croise un cyclo qui m'encourage, il doit être au courant de la ronde !

    Je suis constamment en danseuse, j'alterne Ibuprofène et doliprane toutes les 3h, mais leurs effets sont de moins en moins perceptibles. Je sature de la chaleur, du vent de face et de ces putains de cigales qui vont la fermer un jour merde. Après cette partie, je reprends pour une piste de 5km sans un seul virage, ensuite je tourne pour rejoindre le village de Saint-Isidore. Après ce dernier il y a une ligne droite de 15km jusqu'au prochain contrôle. Pas un seul commerce. Quelques timides intersections. Pas un seul virage. Le vent. Je vois une espèce de guest house, je m'arrête, hé ho y a quelqu'un ? Non juste une radio en anglais et un chien. Je suis presque à court d'eau.

    Petite nouveauté depuis Saint-Isidore, mes plaies commencent à coller au cuissard. Cela a l'avantage de m'aider à faire corps avec la machine ! En revanche dès que je me remets en danseuse ça se décolle et je ne peux réprimer une grimace. C'est assez pénible dans la mesure où je m'assoit tous les 50m puis je me relève tous les 50m, je fais aïe, je serre les dents, j'ai mal aux dents à forcer de les serrer, je fais aïe, je me mets debout sur les pédales, j'attends que ça s'arrête, je recommence, le bonheur de la longue distance.

    Je commence à espérer une chute inopinée, une crevaison irréparable, je suis prêt à faire semblant de ne plus avoir les 4 chambres à air que j'ai dans la sacoche qui ne m'ont toujours pas servi... Arrivé à Bourgueyraud enfin un virage, puis j'arrive à Lesparre-Médoc. Le fléchage a été déplacé ou bien par le vent ou bien par des passants, je fais 200m de trop avant de m'apercevoir que c'est pas par là. J'arrive au contrôle quasiment à l'heure du goûter, c'est compromis pour arriver à 17h à Saint-Médard. Fait chier, je vais être hors délais.

    À ce moment-là, je me dépêche de me faire contrôler, puis une des orgas me dit, c'est bon, tu vas y arriver avant 23h. Mes calculs étaient donc faux encore une fois. Je me sens détendu tout d'un coup. Je mange un bon repas, je bois deux bouteilles d'eau. Je vois mon ami espagnol arriver. Je vois @RuralCyclo partir. Je me fais une sieste d'une heure dans le dojo. Je suis réveillé par les gouttes de sueur qui perlent sur moi. Je me lève, je croise Christian et ses deux compagnons d'infortune en plein repas ! Jean-Louis du 64 me félicite, il me dit qu'il pensait qu'il allait avoir un mort sur la conscience quand il m'a vu arriver à Vaunac le premier jour. Il se moque ouvertement de ma selle et de mes braquets de critérium, pour les braquets il a raison, pour la selle je ne sais pas, je me rappelle à mon mal de cul et je prends mon dernier doliprane en même temps que la route.

    Maintenant j'ai le vent dans le dos, je continue la route jusqu'à Pauillac où je finis par trouver une pharmacie ouverte ! Je commence à comprendre le mécanisme de mon mal de fesses. En fait je mets de la crème, mais avec la chaleur, l'abondante transpiration dissout la crème et les cristaux de selle transforment le cuissard en papier abrasif grain 1000. D'où les escarres, et autres plaies qui envahissent mes fesses. À Pauillac un tournage France TV m'oblige à prendre une déviation, encore 100m de rab. On peut se dire qu'au bout de 1200 kilomètres, 1km de plus ou de moins qu'importe, sauf que si, toute économie d'effort est la bienvenue !

    Après Pauillac, je prends la route des châteaux, superbe, pour l'instant pas trop de circulation, je prends de belles photos.

    text alternatif

    Je sens que je peux envoyer mais ce mal de fesses m'en empêche, j'essaie de faire abstraction de la douleur pour rouler, je roule, je roule, je suis en danseuse, je relance en permanence. J'admire ces beaux châteaux, je pense aux belles bouteilles de vin qui s'y trouvent, ça me fait penser à mon haleine, j'ai l'impression d'avoir fermenté à l'intérieur, j'ai une haleine de lendemain de cuite et pourtant j'ai pas bu une seule goutte d'alcool depuis le départ. Mon appareil digestif doit être totalement défoncé à l'instar de tout le reste.

    Je mets les mains en bas du cintre pour essayer de rouler, mon périnée me rappelle à l'ordre, très bien, je mets les mains sur les cocottes, mes poignets me rappellent à l'ordre, je mets les mains sur le haut du cintre, mais paumes me rappellent à l'ordre, alors je me mets mes doigts en position pour recevoir un coup de règle, je me maintiens en équilibre à 2mm de ma selle le bout des doigts sur le haut du cintre, j'avance, je relance, je ne laisse pas la vitesse diminuer, c'est totalement stupide d'avoir des jambes à 10km de la fin. Je passe Margaux, arrivé à Le Pian-Médoc je prends une petite route qui m'emmènera à St Médard, l'entrée dans la ville coupe mon élan, les travaux, les feux, je grille une priorité à droite dans l'affaire, désolé, j'arrive, les gens se lèvent pour m'applaudir, c'est la délivrance, @RuralCyclo prend la photo finish. Je suis dans les délais, il est 20h02.

    Je vois d'autres participants arriver au fur et à mesure, dont Christian, les Carbon Blanc, un grand gaillard fond en larmes dans les bras de femme qui l'attendait, tous finishers qu'elle disait la veille. On y est, ou presque. Je mange, je me douche, je trouve un tapis et je dors. Pas autant que je voulais, je suis encore dans le rythme pour repartir au prochain contrôle. Je traîne au lit, il fait chaud. Quand je vais chercher mon vélo, je vois que le pneu arrière est complètement a plat. La crevaison tant espérée n'arrive que maintenant, et c'est tant mieux.



  • Eh bien c'est beau.



  • Bravo @spraynasal !
    Beau récit et magnifique perf!
    Quelle résilience!



  • Je suis admiratif :)

    Tu as du tirer un paquet de leçons pour le pbp de l'an prochain



  • Wow, pas de mots ! Bravo.



  • @spraynasal mental de fer, chapeau et bravo !