Paris-Shanghaï, la route de la soie en 6 mois.



  • Yo

    Il y a 5 ans pour ses 18 ans mon frère s'est fait offrir un fixe. Un bon vieux EXS, fourche Identity qui barspin!
    Depuis il a toujours le même qui roule très bien. Moi j'ai commencé aussi par l'EXS puis Look 464 et depuis plus d'un an Belleville Machine.

    Donc après 5 ans à rouler brakeless à Paris tous les jours, on a envie d'aller voir plus loin. On a pour projet de partir à Pékin en pédalant!
    Le trajet qui nous fait envie c'est:
    -direction Istanbul via Europe de l'est soit l'eurovelo 6 soit tracé TCR (par le sud)
    -Géorgie
    -Arménie
    -Iran
    -Turkménistan
    -Ouzbékistan
    -Kyrghystan
    -Kazakhstan
    -Mongolie
    -Chine

    J'ai donc quelques questions pratique à propos de vélo de voyage/gravel.
    Je sais qu'il y a quelques experts sur ce forum que j'ai déjà pas mal poncé ainsi que pas mal d'autres site.

    Il faut donc que l'on se monte des vélos.

    Cadre acier, freins à disques mécaniques (trp spyre), roues en 700, pneus de 42 environ, double racks quadruple sacoches.

    Les cadres salsa vaya, kona sutra, kona rove st, spe awol, genesis tour de fer m'intéressent surtout les deux premiers! Le salsa Vaya me fait vraiment envie!

    J'ai un peu discuté avec wichlor, qui m'a vivement conseillé groupe vtt et shiffter en bout de cintre route.
    Je sais que c'est un grand débat dans le milieu de la randonnette shifter route VS bar ends.
    Mais merde c'est mille fois plus ergonomique des shifters route non?
    Sinon il y a l'option gevenalle.

    Premiere question:

    Est ce que je peux mettre du full shimano deore xt 3*10 avec des manettes ultegra?



  • Work in progress

    <img src="https://farm2.staticflickr.com/1496/24353738860_8811446f73_c.jpg" width="800" height="600" alt="20160125_155302"></a>

    La Rolls est là en attendant une vraie selle de voyage, Gilles Berthoud je pense.

    <img src="https://farm2.staticflickr.com/1497/24022492173_02e7f06d7b_c.jpg" width="800" height="600" alt="20160126_122921"></a>

    Mais j'ai eu un problème de frein avant (expliqué dans le sujet freins à disques) qui touche les rayons que je n'ai pas encore résolu...

    <img src="https://farm2.staticflickr.com/1697/24353728170_614b80446d_c.jpg" width="800" height="600" alt="20160126_122959"></a>

    Du coup j'ai monté avec ma nouvelle paire de roue le look qui dormait sur un pied d'atelier dans ma chambre depuis 1 an et demi!

    <img src="https://farm2.staticflickr.com/1478/24281555509_bc0a919ca6_c.jpg" width="800" height="600" alt="20160127_151411"></a>



  • Voila il est terminé dans sa version sans rack et sans lampe
    [url=https://flic.kr/p/ERjqw2][img]https://farm2.staticflickr.com/1637/25499659981_ffa0e85b8f_c.jpg[/img][/url]

    [url=https://flic.kr/p/EZvmRR][img]https://farm2.staticflickr.com/1451/25592325875_588d6cc03d_c.jpg[/img][/url]

    [url=https://flic.kr/p/E38kue][img]https://farm2.staticflickr.com/1485/24965621513_edfbf3d8cf_c.jpg[/img][/url]

    [url=https://flic.kr/p/E2MMs7][img]https://farm2.staticflickr.com/1491/24961806614_107b791602_c.jpg[/img][/url]



  • Belle bête :thumbs_up:



  • T'as réglé ton probléme d'étrier qui frotte ?

    Et sinon beau montage



  • [quote='Vic-tor' pid='2070830' dateline='1457442456']
    T'as réglé ton probléme d'étrier qui frotte ?

    Et sinon beau montage
    [/quote]

    Ouaip, je suis passé sur un disque de 180 (avec un adapteur de disque pour du 200), salsa m'ayant dis qu'il ne le contre-indiquait pas.
    Merci


  • intense

    Mignon ce bleu. Et zou dans le [url=http://www.pignonfixe.com/showthread.php?tid=99669&pid=2070871#pid2070871]Bike born[/url].

    Un des rares cas où la Thomson coudée est esthétique, parce que le coude intervient à peu près à mi-chemin de la sortie de tige de selle.



  • Départ dans 1 semaine

    [url=https://flic.kr/p/JpNf2o][img]https://c1.staticflickr.com/8/7044/27836285992_5221ae2b47_c.jpg[/img][/url]



  • Super beau !
    Vous prévoyez combien de temps pour faire le voyage ?



  • Paris-Shaghaï finalement. Environ 15000km. Et on prend 6mois pour faire tout ça.



  • Salut,
    Nous voila déjà en Slovénie avec mon frère étant parti le 4 juillet de Paris. Mon frère écrit pas mal donc si vous voulez jeter un coup d'oeil c'est sur paghaiiiiii.tumblr.com ou sur la page Facebook Paghaiiiiii
    Et un peu sur instagram @vilsniduanair.

    Et question un cable de frein effilé il faut le changer tout de suite?



  • Gaine thermo, chatterton, arret de gaine, ziplock
    bricole ce que tu peux avec même un bout de scotch mais évite qu'il s'effiloche plus. ça va bloquer les gaines et tout fragiliser.

    Bonnes routes les bro' !



  • Bon ça fait pile 2 mois que nous sommes partis. Après 6700km en 56 jours dont 4 jours de pause, nous nous posons 10 jours en Iran.

    Voici notre page tumblr avec quelques récits de mon frère :
    [url]http://paghaiiiiii.tumblr.com [/url]

    Il y a presque 2 mois nous quittions notre Douce France, en voici le récit:

    DOUCE FRANCE!

    Déjà 5 jours que la roue tourne et pas loin de 500Km ont été avalés, tout rond. Mis bout à bout, les noms de nos points de chute donnent l’impression d’une promenade plutôt folklorique : Sens, Lézinnes, Saint-Seine-l’Abbaye, Dole, Malbuisson. Commençons par la fin : aujourd’hui : le Jura. Il fait sourire sur le papier : on se figure des montagnes décapitées par le temps, à peine grosses comme des collines, dont le comté, les vaches et le vin jaune constitueraient le seul héritage. Et pourtant, il ne s’offre pas au premier venu, il faut suer longtemps avant de le conquérir. Tout à l’heure, en grimpant, l’effort me crispait le visage dans une sorte d’affreuse grimace, je ne riais pas du tout, je suffoquais. Et ce soleil ! maudit soit-il ! qui de ses rayons ouvre en grand les vannes qui me servent de tempes ! La transpiration se condense, abonde, et roule sur mon visage, à grosses gouttes, elle brouille d’abord et brûle ensuite mes yeux, que j’essaye vainement d’essuyer d’un revers de manche synthétique qui distille encore un peu mieux le sel. Et elle inonde ma bouche, j’ai l’impression d’avoir bu la tasse : ma salive est saturée de sodium. Cette sensation est d’ailleurs renforcée lorsque, la chaleur aidant, on tête quelques gorgées, tenant la gourde d’une main le guidon de l’autre, au plus fort de la montée. L’eau se substitue à l’air une seconde ou deux mais c’est le temps de plusieurs inspirations, les poumons prennent du retard, et dès que la déglutition a passé, ils se regonflent comme ceux d’un noyé, revenu in extremis à la surface : uuuuuhhhhhhhhhh. Au pic de l’effort, les pensées sont chaotiques, elles se chevauchent, se chassent l’une l’autre, s’évaporent, resurgissent, se vident pour laisser place au seul sens qui continue de remplir fidèlement son office : la vue, mais le spectacle est morne : c’est celui d’une chaussée qui se déroule infiniment. A cause de la chaleur,  le goudron fait des flaques, et lorsqu’on les traverse, c’est comme si l’on roulait sur du papier-bulles : plic plic plic plic. Pour finir sur ce point, disons que cette souffrance est amnésique, et que c’est uniquement parce que je l’ai « intellectualisée » en roulant que je la raconte en détails. Elle est du ressort de la sensation, elle creuse son empreinte en même temps qu’elle la rebouche, dès qu’on pose le pied à terre, au sommet, on ne se souvient plus du torrent de sensations absurdes qui nous a traversé le temps de l’ascension. Éternel puceau devant la souffrance, que voulez-vous !

    Pardon à ceux que la digression aura ennuyés. Soyons plus factuels. Le trinôme : Marie – Louis – Eloi a donc activé le mode nomade. Nous voilà campeurs ! Chaque soir, escale au camping : 1, 2, 3 étoiles, toute la gamme y passe, sans qu’on parvienne à distinguer les sursauts qualitatifs qui l’étalonnent. Qu’importe, disons-le : le camping est un art de vivre. Quelle joie d’observer les professionnels (nous sommes encore tout à fait amateurs) s’adonner aux douces activités qui caractérisent ce mode de vie : buvette, boulodrome, snack, camping car, « sanitaires » (le gars qui se pointe en moule-bite, le rouleau de PQ en bandoulière : la providence !). Ca c’est le cadre, qui ne vaudrait rien sans tous ces puristes qui le peuplent : ils ne parlent pas, ils gueulent, tout le monde a sa théorie sur tout (faut les entendre parler de foot !), tout le monde rit grassement, les vannes fusent tous azimuts, même le bouc-émissaire a le sourire. Tous des grands enfants finalement, qui n’entendent pas se laisser emmerder par la vie.

    L’enfer des sacoches : fallait que j’en parle. En théorie : très pratiques. En pratique : infernales. J’exagère évidemment. N’empêche qu’une sorte de malédiction est à l’œuvre, je le sens. Si on n’en avait qu’une, tout irait bien, très bien même, il suffirait de plonger son bras dedans et d’en ressortir, après quelques zigzags, l’objet convoité. Mais il y en a 4 ! Et chaque fois qu’on part à la recherche de quelque chose, inévitablement, on ouvre d’abord, consciencieusement, les trois sacoches innocentes, on fout tout par terre – remue-ménage exaspéré – avant de mettre, enfin, la main sur ce satané quelque chose, qu’on maltraite en conséquence pour lui faire passer le goût, à l’avenir, de se planquer dans des recoins insoupçonnables…

    Les moustiques : ils me rendent fou. Chaque fois que la nuit tombe, tel un rideau, ces mauvais figurants font leur entrée à contretemps. Bien sûr je n’ai pris qu’un short, et mes mollets sont pour eux une sorte de corne d’abondance qu’ils butinent joyeusement. Et moi je lève les yeux au ciel, je lance au créateur un regard accusateur et dans ma tête lui demande systématiquement : nom de Toi, pourquoi as-tu mis au monde ces bestioles de malheur, à quoi servent-elles ? si ce n’est à pourrir la vie de ton chef d’œuvre ? Quelle place dans la fameuse chaine alimentaire ? Avoue que Tu t’es planté en leur dessinant cette trompe, et pourquoi un tel bruitage : bzzzzzzz, est-ce pour nous mettre à l’épreuve, pour tester notre foi en Toi ? Soit ! je m’aspergerai d’insecte écran – zone infestée – méticuleusement jusqu’à ce que tu changes d’avis, que tu avoues ton erreur et les envoies tous en Enfer !



  • [quote='remedyz' pid='2114159' dateline='1472999568']
    La transpiration se condense, abonde, et roule sur mon visage, à grosses gouttes, elle brouille d’abord et brûle ensuite mes yeux, que j’essaye vainement d’essuyer d’un revers de manche synthétique qui distille encore un peu mieux le sel.
    (...)
    on tête quelques gorgées, tenant la gourde d’une main le guidon de l’autre, au plus fort de la montée. L’eau se substitue à l’air une seconde ou deux mais c’est le temps de plusieurs inspirations, les poumons prennent du retard, et dès que la déglutition a passé, ils se regonflent comme ceux d’un noyé, revenu in extremis à la surface : uuuuuhhhhhhhhhh.
    (...)
    Pour finir sur ce point, disons que cette souffrance est amnésique
    [/quote]

    :thumbs_up::thumbs_up::thumbs_up:
    (même si "la déglutition a passé" sonne lourd à mon oreille)

    Et surtout bravo et félicitation pour le voyage



  • Super prose :thumbs_up:


  • Banni

    Je viens de faire la connaissance d'un beau cadre en alu plus un dérailleur léger et kit frein complet pour couronner le tout.

    C'est toujours aussi pratique d'accrocher sur son vélo son sac à dos avec[url=http://www.accroche-sac-publicitaire.biz/] une accroche sac[/url] contre le vol.



  • A quelques jour de notre arrivée à Shanghaï voici quelques recits:

    [b]À cheval sur la M41 : caracolade existentielle 
    [/b]
    La Pamir Highway : tous les cyclistes qui remontent la route de la soie ne parlent que de ça. Vraiment la grande obnubilation du cyclotouriste : le refrain à force presque rébarbatif. Surtout quand on ne sait pas de quoi il s’agit. Parce que nous, plus cyclo que touristes, on ne la connaissait pas en partant cette fameuse route. En jetant un œil sur la carte avant le départ, on avait conclu qu’on traverserait l’Asie Centrale selon l’axe des capitales, et basta.
    Mais à chaque rencontre, la question revenait invariablement : « et vous faites la Pamir Highway ? ». Nous répondions poliment : « oui, bien sûr que nous la faisons » mais pensions : « abruti, ne vois-tu pas qu’on y est déjà sur la route de la Soie ? ». Parce qu’on ne faisait pas la différence : les deux termes étaient pour nous synonymes. À la longue, on a commencé à trouver ça louche, cette histoire de Silk Road que tout le monde rebaptisait Pamir Highway. Alors on a tapé les deux mots énigmatiques dans la barre Google, basculé sur les images... et avons gardé la bouche grand ouverte en songeant : « Ah oui… d’accord… c’est donc ça… je comprends mieux pourquoi toutes ces braves gens en parlaient avec des étoiles dans les yeux… ». Afin de vous plonger dans l’atmosphère de cette expédition, je ne peux que vous recommander d’en faire autant : crocheter la serrure de ce monde en faisant jouer ces deux mots clefs : Pamir Highway.
    Tout commence à Douchambé, la capitale du Tadjikistan. Et plus précisément au Green Hostel : l’auberge où démarre, ou se conclut l’aventure. Selon qu’on vient de Bishkek ou qu’on s’y rend. La cour des miracles ! des délégations de tous les continents : d’adorables traine-savates, des gueules burinées par la vadrouille, des backpackers qui n’en finissent plus de globe trotter ! la plus fine fleur aventurière de notre siècle se tasse dans les salles communes de l’établissement, soit pour éblouir l’assemblée de ses récits, soit pour trinquer à la Pamir, ou pour ne rien faire, passe-temps finalement privilégié du voyageur au long cours.
    Le patron incontesté de ce haut lieu de la baroude tadjik, c’est l’argentin. Une armoire à glace en salopette, les cheveux longs et crépus, le regard qui sait. Parce qu’il voyage depuis 14 ans avec sa femme, et qu’ils ont visité pas moins de 120 pays, prenant même le temps de pondre un gosse en chemin. Un bruissement accompagne chacun de ses déplacements. C’est un monument, une légende vivante, le genre de type à qui on ne serre pas la main mais devant qui on se prosterne, bien bas. Et voilà qu’il s’approche alors que nous tentons de réparer une énième fois mon porte bagage arrière, dont les fractures à répétition nous agacent un brin. Il regarde d’abord en silence les attèles qu’on pose. On transpire presque. Et sur un ton paternel, nous expose qu’à son humble avis, et d’après l’expérience personnelle qu’il en a tirée, notre montage, à base de fines tiges métalliques, ne tiendra pas 10 minutes sur la Pamiiiiiiiiiir (l’accent hispano-chamanique avec lequel il prononce ce mot quintuple le mystère qu’il renferme). On lui sait gré de son bon conseil, mais comme Louis me fait remarquer à juste titre qu’il n’y a pas que la taille qui compte, nous n’en faisons pas moins qu’à notre tête.
    Cette route donc, s’élève progressivement pour sinuer sur des plateaux à 4000 mètres d’altitude. La première étape consiste à rejoindre Kalaï-Khum, et pour ça, à surmonter un premier col à 3200 mètres. Le chemin est en terre, on mouline toute la journée pour rembobiner la piste, au gré de mille et une épingles à cheveux, jusqu’au sommet. La nuit tombe au moment où nous posons le pied à terre. Comme nous sommes éminemment pragmatiques, on décide de dormir sur place. Et les ruines d’une bergerie abandonnée, un peu plus loin sur la crête, nous tiennent bientôt lieu de refuge. Le pauvre Louis tombe sous les coups d’une migraine fulgurante, il me tend même la fin de son dîner ; il doit vraiment souffrir. Alors qu’il part se coucher, à 19h30, je reste prostré dans un coin du bâtiment, accroupi, et demeure pensif, mêlant mes songes aux volutes indécises que ma tasse de café fait monter dans l’obscurité. Après quelque temps à jouir ainsi de l’immobilité, de la noirceur, du silence, afin d’assouvir une envie pressante je me dirige vers la porte. Dès que je la franchis : je trébuche contre le ciel : les étoiles brillent comme des gros diamants sur un fond sans lune. Je reste abasourdi une minute, incapable de faire un pas, puis quand j’ai repris mes esprits, « je pisse comme il pleure, et me mouche dans les étoiles ». Aucune trace humaine, pas le moindre bruit, ni la plus humble lumière artificielle. Il n’y a rien, que ce ciel immense, noir, coupé en deux par un arc phosphorescent, saturé de brillants, et moi : minuscule témoin qu’une solitude amplifiée par ce spectacle enivre – louant Dieu pour ses belles œuvres. Une demi-heure et deux étoiles filantes passent en silence, avant que je me décide à rejoindre mon compère endormi.
    On se réveille du bon pied : 40 kilomètres de descente nous attendent. De ces descentes bordées par un précipice, qui galvanisent l’excitation en même temps qu’elles commandent de rester calme. Tout le plaisir vient de la tension que génère la cohabitation de ces deux émotions contraires. On lâche la bride, dévale, ralentit, freine d’un coup sec, négocie le virage, plonge à nouveau, etc. Les irrégularités du terrain pimentent le jeu.
    Passé Kalaï-Khum, on longe un fleuve gris jusqu’à Khorog, la ville-étape suivante. De l’autre côté : l’Afghanistan. Et cette petite piste : symétrique à la nôtre bien qu’autrement plus étroite, taillée dans le flanc des montagnes ; mon esprit franchit le fleuve clandestinement et se laisse filer sur ce sentier, il fait bon de n’y être qu’en pensées, et de garder ses os et sa chair du bon côté. Parce qu’on raconte, que dans le nord du pays, les afghans sont dealers d’opiacés ou talibans, ou les deux : pour joindre l’utile à l’agréable – ce qui n’est pas sans exciter nos imaginations, mais qui nous détourne en dernier lieu de notre projet initial, à savoir : traverser la rivière à la nage pour « cocher » l’Afghanistan. Ma rêverie est bientôt rattrapée par une moto : la seule que nous ayons vue en 3 jours, que deux hommes chevauchent vers un but mystérieux. Une autre fois ce sont des enfants qui jouent au foot. Louis se vante d’avoir été salué par un vrai afghan. Je joue les indifférents mais n’en demeure pas moins jaloux. Puis d’autres, qui mènent leur petite vie, qu’on laisse à leur place.
    Sur la rive gauche, on relie les villages les uns aux autres sur une route pourrie : lambeaux d’asphalte que seuls d’énormes 4*4 – contrastant avec le salaire moyen d’ici – empruntent. À chaque fois qu’on entre dans un hameau, on traverse des nuées d’enfants en uniformes, trop contents de pouvoir nous lapider de « hello ! hello !! hello !!! » – et de tendre la main sur le bord de la route pour qu’on la leur tope-là en passant.
    Pause à Khorog, à la Pamir Lodge : adresse que les cyclistes, ces bons diables décidément, se refilent sous le manteau. On y retrouve Carlos et Christo qu’on a rencontrés au Green Hostel, et qui vont devenir nos compagnons pour les prochains jours.
    Le lendemain, on met le cap sur la vallée Wakhan, l’extrémité sud-est du Tadjikistan. « Surtout, ne buvez pas cette eau ! » nous dit le groom de la lodge, voyant qu’on s’apprête à remplir nos bouteilles au robinet avant de partir – « ouais, ouais, on a compris ! ». On en prend bien sûr quand même un litre, rien qu’un petit litre, qu’on fait bouillir le soir venu pour y plonger notre dîner : des pâtes chinoises. Qui ignore que l’ébullition rend potable n’importe quelle eau infectée ? Pas nous en tout cas. La nuit est belle, quoiqu’anormalement froide. Louis ayant jugé bon d’investir dans des sacs de couchage conçus pour des expéditions polaires (et l’avenir lui donnera raison, mille fois, quoiqu’ils soient restés dans leur housse les trois premiers mois), la fraicheur est accueillie avec gratitude : « chic, se dit-on, enfin une occasion de rentabiliser nos étuves ». On s’y engouffre donc, ferme toutes les écoutilles, ne ménageant qu’un trou pour respirer. Devant lequel vient se loger un sourire bienheureux.
    Réveil soudain deux heures après l’extinction des feux. Quelque chose me dit que Louis a ouvert les yeux en même temps que moi, et une vibration suspecte, modulée à partir d’harmoniques que je ne lui connaissais pas, m’en apporte la confirmation. Je lui rends sa politesse dans la même gamme. Mon voisin de chambre et moi entamons notre agonie de concert. Et quoiqu’un tel dialogue puisse, en temps normal, nous amuser, cette fois-ci : nos rires préenregistrés ne daignent pas se déclencher. C’est que l’heure est grave. Je touche mon ventre : il surchauffe. Vrombit même : j’ai l’impression qu’une turbine tourne à plein régime et brasse un ignoble mélange visqueux, centrifugé sur les parois de mon estomac. Crampes, intoxication ? péritonite ? N’étant pas médecin, je laisse en suspens le diagnostique. Au même instant, des borborygmes se frayent un chemin le long de mes intestins, et remontent droit vers la mélasse devenue effervescente, et j’imagine des bulles vertes – téléguidées par l'envahisseur – venir crever à la surface, et, libérant toute sorte de fumées toxiques, détraquer toute ma tuyauterie digestive…
    Cette nuit marque le début d’une longue malédiction. Au cours des prochaines semaines, il n’est plus question de dormir d’une traite. Il faut à plusieurs reprises quitter son cocon de plumes d’oies pour aller affronter la steppe, en caleçon dans la nuit noire, transi, mordu jusqu’à l’os par le vent, et s’affairer en claquant des dents, puis rentrer, penaud, conscient que la trêve négociée avec le mal ne dépassera pas les deux heures. Voilà ce qu’il en coûte, de ne pas suivre les sages conseils qu’on nous donne.
    À suivre…

    [hr]
    La suite de nos aventures en Asie centrale arrivera très vite sur notre tumblr!
    Mon frère a déjà raconter notre arrivée en Chine que voici:

    [b]« et ça fait des grands SLUUUURP, et ça fait des grands SLUUUURP »[/b]
    Eh bien les chinois n’ont rien à envier à ces gens-là… On se retrouve un soir dans ce qui ressemble à une cantine : deux rangées de tables s’étalent dans une pièce en longueur. Des vagues successives de routiers colonisent les lieux le temps d’un bol de nouilles. Pas de temps à perdre, ils se rassemblent, à quatre autour d'une table, et le concours commence : à qui bouffera le plus vite, en maximisant le tapage. Sur le bruit, difficile de les départager, ils aspirent tous à pleine puissance : chaque bouchée claque comme un coup de fouet, encore amplifié par le bouillon. Tentative d’intimidation me dis-je. Mais ceux qui jouent la montre en font fi, et eux ne se contentent pas de coordonner mollement des aller-retours entre le bol et leur bouche : la main gauche cramponnée à la table, ils plongent la tête en même temps que les baguettes s’élèvent et à l’instant même où la transaction a lieu, la relèvent brusquement, dans une sorte de déboîtement vertébral : visant à combiner traction et aspiration – résultat magistral, de facto probant puisque le nœud de nouilles, grillant toutes les étapes, vient instantanément se loger au fond de leur gorge.
    Mais je méprise la chronologie plus éhontément que ces pauvres nouilles. Reprenons du début, puisqu’avant d’atterrir dans cette cantine, il a fallu y entrer, en Chine. Un pied dedans et PAF ! on reçoit une grande claque ! qui sur chacun de ses longs doigts, porte la marque d’un sens.
    A la vue : elle assène des milliers de caractères incompréhensibles : sino-hiéroglyphes diablement alambiqués (23 traits pour les caractères les plus complexes, pouvant désigner des objets ordinaires…). L’écriture n’a pour nous plus qu’une fonction décorative : elle égaye les façades. Ça hormis, on est submergé dès la frontière par la taille des infrastructures. La démesure est la norme, des immeubles reproduits en série s’hérissent de toute part, comme autant de clapiers géants où se tassent nos autochtones. Il y aura plus tard cette vision fascinante d’une armée de grues, une trentaine selon mes calculs, penchées sur les fondations d’une ville. Sans doute gonfleront-elles cet embryon, et le tireront vers le ciel, en un temps record.
    Acoustiquement parlant. Le chinois est une langue à tons, qui à chaque syllabe, monte, descend, descend puis monte, ou stagne ; ces variations sinusoïdales viennent s’écraser contre le tympan, et en remontant au cortex, donnent l’impression d’une purée de voyelles, à la surface de laquelle flottent quelques consonnes. Je comprends assez vite que mon guide de conversation Lonely Planet ne me sera pas d’une grande utilité, malgré des phrases passe-partout telles que : « je ne le ferai pas sans préservatif ! » ou encore « à quelle heure est la marée haute ? », même si d’autres, de ce type : « j’ai besoin de changer les cordes de ma raquette. », pourront toujours nous tirer d’affaire en dernier recours.
    Mais le malheur, c’est que les chinois, ayant sans doute deviné à nos accoutrements que nous étions des linguistes hors-pair, parient tout naturellement que le mandarin n’a pour nous aucun secret, et devant des gueules pourtant perplexes, débitent de longues tirades, pleines de subtilités et de sous-entendus divers, drôles même ! à en croire leur sourire malin. Et quand ils comprennent qu’on n’a rien, de rien, pigé, ils ne renoncent pas pour autant, oh ça non, ce serait mal les connaître… ils s’arment d’un papier et d’un crayon et nous font la grâce de la version écrite. Pleine de jolis pictogrammes à 23 traits. Et là on se sent con : cette seconde tentative enfonce le clou de notre ignorance – « no chinese ! no chinese ! », qu’on répète lamentablement. Misère…
    En européens bien élevés, on peut être tenté de croire que la politesse est un lubrifiant social universel. Qu’une conversation commence par « bonjour » et se conclut sur « au revoir » au même titre qu’une phrase est circonscrite entre une majuscule et un point. Mais non, il semblerait que cette vision soit encore trop ethnocentrique. Ainsi, le traditionnel « bonjour » qu’il est convenu d’adresser lorsqu’on rentre quelque part, qu’il s’agisse d’un magasin ou d’un restaurant, n’a pas cours ici. Encombrés de vieux réflexes, et fiers de pouvoir brandir ce « Niao ! » qui constitue le seul mot de notre lexique, nous essuyons un certain nombre de situations vexantes avant de nous en rendre compte. L’homme derrière le comptoir ne répond pas, il ne lève même pas les yeux, et ne nous donne le change qu’à travers un silence indifférent. On défroisse comme on peut notre amour propre en tonnant contre cette civilisation de malotrus, pas foutus d’être aimables, franchement désagréables, etc. Je note que le « merci » n’est pas beaucoup plus à la mode. Avec le recul, on conclut que la politesse doit être ailleurs, et ne pas tenir dans ces quelques mots qui chez nous la résument. En attendant d’être au clair sur cette question, nous nous contentons de sourire.
    Nous sommes en Chine donc.
    Décontenancés, ébranlés disons-le, par cette somme de bizarreries qu’une frontière a suffi à faire jaillir, on échange un regard. Perplexe. Silence… « On fait quoi maintenant ? » finit par dire Louis. A quoi je réponds, finement : « bah, j’en sais rien… ». Normalement des dégradés culturels, linguistiques, raciaux, nous permettent de passer d’un pays à l’autre en douceur, de conserver quelques repères à partir desquels s’orienter, mais là ! retour à la case départ, sans toucher les 40000 balles : la plus parfaite incompréhension. On s’accroche à un fast-food qui traîne justement dans un recoin, comme à une bouée estampillée « Occident », et puis on se barre ! on fuit l’inconnu en s’y enfonçant plus profondément.
    L’itinéraire, c’est encore la dernière chose qu’on maîtrise, cap à l’est ! ça on sait. Et plus précisément, il nous faut rejoindre la G30. Ah ! la G30, la dix fois maudite G30 et pourtant notre rédemptrice, celle qui nous conduira à bon port. Nous sommes liés à elle pour les 3000 prochains kilomètres. Et n’allez pas croire que les 1500 dernières bornes se feront sur une gentille route de campagne, à travers champs et sur un parterre de fleurs, on ne quittera la G30 que pour bifurquer sur une autre G – que je ne connais pas de nom, mais parfaitement sinon – jusqu’à Shanghai. Un mot sur les autoroutes chinoises, à leur décharge. On parle de routes qui font plusieurs milliers de kilomètres : asphalte méticuleusement lisse, terre-pleins découpés à la règle et au scalpel, stations service dernier cri, bande d’arrêt d’urgence extra-large, glissière de sécurité peinte en un bleu turquoise paisible. Et qui se frayent un chemin à travers tous les reliefs, à grand coups de dynamite, ou qui tout à coup se changent en pont, haut d’une centaine de mètres, serpentant entre quelques sommets que les explosifs n’auraient pas fait ployer. Ces chinois sont des bâtisseurs qui ont la folie des grandeurs. Tout est propre et colossal.
    G30, donc. Très vite le paysage change, des montagnes poussent et nous entourent. La neige tout autour en atteste : il fait excessivement froid. Moins dix degrés à vue d’œil. Et le soleil décline alors que nous sommes coincés sur cette route. Découragés pour ainsi dire par les alentours : terre givrée, neige boueuse, rocaille stérile – cruel décor, qu’on entend presque rire tandis qu’on peine – nous continuons de pédaler au hasard, en désespoir de cause. Mais comme Dieu existe, un bâtiment surgit à la sortie d’un virage, à la minute où le soleil s’éclipse. On s’y rue : c’est la centrale de déneigement chargée de ce tronçon de route. On toque naturellement. Et le chef de l’escouade des déneigeurs, qui manipule l’anglais tant bien que mal (ô espéranto !), nous invite à dîner. La gastronomie d’Asie Centrale, qui ne mérite pas cette appellation, avait fini par nous faire horreur et voilà que la Chine nous envoie des plats de toutes les couleurs, et nous refourgue du riz gluant en quantité. Tout est gras, revenu à l’huile, tout est bon, nous sommes heureux. On pioche maladroitement avec nos baguettes à chaque râtelier : empile, bâfre, rempile, ras-bord ! On cause peu, mais bouffe énormément.
    La région du Xin Ziang que nous traversons est balayée par des vents thermiques. Des champs d’éoliennes s’étendent à perte de vue : les péages du vent, qui a trop longtemps resquillé. Et la G30 continue de se déverser inlassablement dans l’horizon. Après quelques laborieux kilomètres, que l’on grimpe, on parvient en haut d’un petit col. Là, le miracle se produit. Une tornade vient se placer juste dans notre dos, et nous propulse : dans l’axe, pile. Sans qu’on pédale, le compteur affiche 40km/h, un petit coup pour la forme, nous sommes à 50, quelques tours en plus : 70.

    Il ne fait plus froid, le paysage n’est plus austère, nous n’avons plus faim, le chaos des pensées se suspend un instant ; une seule chose clignote dans notre esprit : la vitesse. Tout défile à toute vitesse. On vole plus qu’on ne roule, et nos yeux, rivés, et nos doigts, crispés, témoignent de l’extrême tension que requièrent cette fois les circonstances. Ces deux petits points que vus du ciel nous sommes peut-être, rayent alors la carte, la déchirent presque, et en tout cas disparaissent.

    .



  • :thumbs_up:

    Vous avez l'intention de vous faire un petit bouquin en fin de voyage?
    Le récit est top.
    Mais je trouve que ça manque un peu d'image :blush:



  • Oui je suis d'accord pour les photos on a été nul! Check mon instagram il y en a quelques une quand même!
    Et non pas de bouquin au programme, mon frère prend juste plaisir à ecrire.



  • Je les ai regardées, d'ou mon commentaire sur la quantité ;)
    En tout cas elles sont bien sympa et on retrouve bien votre voyage.
    Ca laisse l'imagination travailler avec le récit qui est vraiment pas mal.
    Il y a au moins quelques images par chapitre et c'est déjà coolos :thumbs_up:



  • Ohlala, je me suis réveillé à 4h30 ce matin, du coup j'ai lu le tumblr ça et là, eh bien ça ne m'a pas aidé à me rendormir. Bravo ! :thumbs_up::thumbs_up:



  • Merci CGG!

    Ca y est nous sommes arrivés à Shanghaï avant hier après une dernière étape de 501km en 29h30 dont 22h de selle (Hefei-Shanghai)! Ce fût long très long très très long! Un petit rapha festive 500 en avance en guise de dernière étape! Mais quelle expérience! Ce dernier défi avec nos vélos de 50kg tout compris et la pluie torrentielle entre 2h et 6h du matin nous fera relativiser bon nombre d'effort sur le vélo maintenant!
    Mais pour comparer, j'ai trouvé ça beaucoup moins dur physiquement qu'un marathon! Pas de taumatisme aux muscles et aux jointures contrairement à la course longue distance. Par contre la lutte contre les éléments a été terrible! Lutter contre le sommeil et la lassitude ont été les choses les plus difficiles!

    Bref 16818km pour arriver jusqu'à Shanghaï en 170 jours dont 38 de pauses. 20 pays traversés, ce fût un beau voyage! Et tout ca a commencé avec le pignon fixe en 2009!



  • Jolie aventure et belle prose !



  • Bravo :heart:



  • Bien joué les gars :thumbs_up:



  • Bravo les gars :thumbs_up::thumbs_up:



  • Chapeau les mecs !



  • Pfiou, belle aventure ça fait rêver :thumbs_up:



  • waouw !je viens de matter les photos , c est vraiment incroyable .:heart::heart::heart:



  • Merci les gars!
    Ca y est je suis rentré à panam en 12h d'avion contre 6 mois de vélo! J'ai mille idées d'aventure en tête maintenant!


  • intense

    Bravo et merci pour les récits qui nous font voyager par procuration. Un tout petit peu.



  • amazing !! franchement énorme, hâte de suivre vos prochaines aventures. Peut-être le tracé de votre grande traversée ??


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